Tirailleurs sénégalais en 39-45

(source wikipédia)

La bataille de France (mai-juin 1940)
Comme lors du précédent conflit, la France utilise pendant la Seconde Guerre mondiale les colonies comme réservoir d’hommes pour son armée, dans les combats pour la reconquête de l’Empire colonial, puis aux côtés des alliés en Italie, en France et en Allemagne (d’abord dans les Forces françaises libres puis dans l’armée de libération, fin 1942).

Brazzaville, Afrique-Équatoriale française, 1942. Un tirailleur qui a été décoré de la Croix de la Libération par le général Charles de Gaulle

Raphaël Onana jeune milicien à droite, à 20 ans, en compagnie d’un camarade. Ces deux soldats sont camerounais et font pourtant partie des Tirailleurs sénégalais.

Sur le front de France, le Grand Quartier Général dispose ainsi à la veille de l’offensive allemande de huit divisions d’infanterie coloniale (DIC). Les Sénégalais y sont incorporés avec les fantassins des régiments d’infanterie coloniale (RIC) et avec les artilleurs des régiments d’artillerie coloniale (RAC). Les 4e, 8e, 12e, 14e, 16e, 24e, 25e et 26e RTS sont engagés sur le front. Des éléments d’autres corps sont répartis au sein de régiments composés de bataillons et compagnies mixtes, les 5e, 6e, 27e, 28e, 33e, 44e, 53e et 57e régiments d’infanterie coloniale mixte sénégalais (RICMS). La plupart de ces régiments participent aux opérations au sein des divisions coloniales puis, après leur anéantissement au cours des combats de mai-juin 1940, les rescapés sont rattachés à d’autres unités.

Selon le Ministère de la défense, le nombre total des tirailleurs sénégalais mobilisés au 1er avril 1940 est estimé à 179 000, dont 40 000 engagés dans les combats en métropole. Près de 17 000 sont tués, disparus ou blessés au combat en 194029,30.

Un exemple, en pleine déroute, le 19 juin 1940, les Allemands sont aux portes de Lyon. Le 25eRégiment de Tirailleurs Sénégalais est envoyé dans un « combat pour l’honneur » ayant pour ordre: « En cas d’atta­que, tenir tous les points d’appui sans esprit de recul, même débordé. » Ce combat fut sans merci pour les Africains. En deux jours il y aura plus de 1 300 tués sur1 800 combattants. Certains tirailleurs, faits prisonniers et même blessés, furent séparés du reste de la troupe, puis massacrés à découvert à la mitrailleuse et achevés sous les chenilles de chars d’une unité SS31.

 

Plaque commémorative de l’assassinat de deux tirailleurs sénégalais à Champagne-au-Mont-d’Or , en banlieue lyonnaise.

Le tata sénégalais de Chasselay dans le Rhône, où ont été regroupés les corps de 188 tirailleurs, rappelle ce massacre. Évelyne Berruezo et Patrice Robin en ont fait un film en 1992, intitulé Le Tata.

Selon l’historien américain Raffael Scheck, qui a enquêté dans les archives militaires françaises et allemandes, près de 3 000 tirailleurs sénégalais (terme désignant désignant plus largement l’ensemble des soldats indigènes venus d’Afrique) auraient été exécutés par la Wehrmacht en mai-juin 1940, crime de guerre perpétré non pas par des SS, mais par l’armée régulière allemande.

Durant la bataille de France (10 mai au 22 juin 1940), les troupes coloniales furent, comme durant la grande guerre, peu nombreuses à participer directement aux combats, sauf dans les Ardennes, sur la Somme, au Nord de Lyon et près de Chartres. L’effondrement des armées françaises a été si rapide que l’état major général n’a pas eu le temps de rappeler massivement sur le front métropolitain, les troupes de l’Armée d’Afrique.

Cependant, quand elles furent en premières lignes, les troupes coloniales durent livrer : le 26e RTS, de la 8e DIC (le dernier formé au camp de Souges) en constitue une dramatique illustration. Appelé dans la région de Rambouillet pour couvrir l’armée de Paris en route vers la Loire, il livra de furieux combats les 16 et 17 juin entre Chartres et Maintenon (Feucherolle, Neron, Bouglainval, Chartrainvilliers). Tirailleurs et officiers furent décimés en particulier par le 1er régiment de cavalerie du Général Kurt Feldt (selon archives de l’armée de terre du fort de Vincennes : 52 officiers sur 84 et 2046 sur 3017 tirailleurs sont portés disparus fin juin 1940). Jean Moulin, préfet de Chartres défendra leur mémoire face aux propos racistes des autorités allemandes sur « la honte noire ». Les survivants du 26eme RTS poursuivent les combats, sous les ordres du colonel Perretier, sur la Loire jusqu’à fin juin 1940, c’est-à-dire bien après l’armistice.

En 1940, les Allemands détruisent Le Monument aux Héros de l’Armée Noire, que la ville de Reims avait construit en 1924 pour rendre hommage aux soldats noirs de la Première Guerre mondiale. Un nouveau monument fut inauguré le 6 octobre 1963. Une plaque indique simplement : « Ici fut érigé en 1924 un monument qui témoignait de la reconnaissance de la ville envers ses soldats africains qui défendirent la cité en 1918. L’occupant détruisit, par haine raciale le « Monument au Noirs » en septembre 1940.

Les anciens combattants ont tenu à ce que son souvenir demeure dans notre mémoire » et démontent la statue du général Mangin à Paris.

Les tirailleurs sénégalais se voient décerner plusieurs décorations et citations tant individuelles que collectives, tels le 1er bataillon du 24e RTS, la 3e compagnie du 25e RTS, le1er bataillon du 6e RICMS, les 33e, 53e et 57e RICMS qui sont cités à l’ordre de l’armée. Le drapeau du 53e RICMS reçoit en outre l’inscription « Airaines 1940 » ; ce fait est suffisamment exceptionnel pour être mentionné, les inscriptions attribuées au titre de la campagne de 1940 étant peu nombreuses.

80 000 prisonniers de guerre

Prisonniers en 1940.

Fin 1940, environ 80 000 prisonniers « indigènes » sont détenus dans 22 Frontstalags pour la majorité dans la zone occupée. Ils provenaient des divisions nord-africaines engagées dans la bataille de mai-juin 1940. D’abord détenus avec tous les prisonniers capturés après la débâcle, ils ne tardèrent pas à en être séparés, les Allemands ayant décidé de transférer outre-Rhin les prisonniers français de souche européenne. Leur nombre ne cessa de décroître pour n’être au moment de la Libération que quelques 40 000. Une partie fut libérée par les Allemands après accord avec le gouvernement de Vichy. Il y eut aussi de nombreuses évasions, mais une bonne partie d’entre eux périt dans les camps, suite aux maladies, notamment la tuberculose qui ravagea les camps Nord-Est. Bien que soumis à une intense propagande de la part des Allemands qui entendaient en faire des soldats ou des espions, ils subissaient un strict régime de détention.

Le débarquement en Provence et la libération de la France

En 1944, près de 120 000 goumiers, tirailleurs et spahis et européens d’Afrique, originaires de 22 pays du Maghreb et d’Afrique noire intégrés alors à l’Empire français, dont certains avaient participé à la Bir Hakeim et lors des combats de la Campagne d’Italie notamment au cours de la bataille de Monte Cassino et de la prise de l’île d’Elbe, ont débarqué sur les côtes de Provence et ont été engagés dans la libération de la France. Ils étaient placés sous le commandement du général de Lattre de Tassigny, chef de l’Armée d’Afrique, devenue l’Armée B, puis la 1ère Armée française. En 1947, le général Leclerc, le prestigieux chef de la 2e DB, avait réclamé que la France s’acquitte pleinement et sans marchander de la dette d’honneur qu’elle avait contractée auprès d’eux.

Après le débarquement de Provence, les régiments de tirailleurs sénégalais ont été « blanchis » avec accord des autorités françaises à la demande des alliés américains et anglais et contre l’avis des officiers français. Cantonnés à Toulon, puis renvoyés dans leurs gourbis, les soldats noirs ont été remplacés par des recrues blanches issues de la Résistance. Il n’était pas question de les voir défiler dans Paris et marcher sur Berlin. Concernant les tirailleurs nord-africains, la relève ne se fit que partiellement à partir de janvier 1945 lorsque dans chaque division de l’Armée d’Afrique, un régiment FFI remplaça un régiment d’Afrique du Nord. Cependant de nombreux tirailleurs continuent le combat durant l’hiver 1944 dans les Vosges, et plusieurs unités défileront les 18 juin et 1945 sur les Champs-Élysées à Paris.

Durant l’automne 1944, sur ordre du Général de Gaulle, les 15 000 tirailleurs sénégalais des 9e DIC et 1re DMI sont remplacés (« blanchis ») par des FFI au sein de la 1re armée française lors d’une opération dite de « blanchiment ».

Après la Seconde Guerre mondiale : Suppression des régiments

Des tirailleurs interviennent encore en Indochine (1945-1954), à Madagascar (1947) et en Algérie (1954-1962). Les régiments de tirailleurs sénégalais sont transformés en régiments d’infanterie de marine en 1958 avant d’être définitivement supprimés entre 1960 et 196249.

Cristallisation des pensions

En 195950, puis en 1960, le Parlement français a adopté un dispositif dit de « cristallisation », c’est-à-dire du gel de la dette contractée par l’Empire français et qui échoit à la seule métropole, par blocage de la valeur des points de pension à la valeur atteinte lors de l’accession à l’indépendance des pays, dont les anciens tirailleurs étaient ressortissants. Après presque 50 ans de contentieux, et après la sortie du film Indigènes évoquant le rôle des troupes nord-africaines en Europe en 1943-1945, le Parlement français a finalement voté le 15 novembre 2006 la revalorisation des pensions des soldats des ex-colonies dans le cadre du budget 2007 des anciens combattants. « 84 000 anciens combattants coloniaux de 23 nationalités devraient en bénéficier », s’ils se manifestent.

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